Un distributeur :
Jean-Pierre Jackson

Le métier de distributeur est certainement un des moins bien connus du cinéma.
Quel est le rôle du distributeur ?
Quels sont ses rapports avec le producteur ?
L'équipe d'ÉcolÉcinÉ77 a interviewé Jean-Pierre Jackson, distributeur des films ALIVE. Il distribue entre autres "Gosses de Tokyo" de Y. Ozu.

Quelques données et réflexions trouvées au hasard des lectures sur ce métier...

ÉcolÉcinÉ77:Qu'est-ce qu'un distributeur de films ?

Jean-Pierre Jackson : Un distributeur de films est un intermédiaire entre les producteurs et le public.
Quand le film est terminé, si le producteur et le distributeur sont liés par contrat, ce dernier reçoit le négatif de ce film. A lui maintenant de tirer des copies du film puis d'organiser son exploitation: la publication d'affiches, de bandes-annonces, l'organisation de campagnes de promotion, la mise en place des copies dans les salles de cinéma.
Dans le cas de la distribution des films américains, le producteur impose au distributeur sa propre stratégie de diffusion sous forme de cassettes, spots... et ne laisse ainsi que peu de possibilités aux journalistes de s'exprimer.
Le distributeur négocie les droits de distribution à l'intérieur et à l'extérieur du territoire français ainsi que la durée d'exploitation et le réseau des salles dans lesquelles va passer le film.


ÉÉÉ77: Quels diplômes faut-il pour exercer ce métier ?

JPJ : Il n'existe pas de formation, donc pas de diplôme. C'est la voie d'accès la plus facile pour entrer dans le cinéma, le maillon le plus fragile de la chaîne. Il faut au départ avoir une bonne culture cinématographique personnelle et apprendre rapidement à savoir évaluer le potentiel d'un film.
Chaque distributeur dispose d'un catalogue de films. Certains en ont 15, ma société, "ALIVE", en a 110, la société Gaumont qui existe depuis 1910 en a 5000...


ÉÉÉ77 : Travaillez-vous seul , ou avez-vous formé une équipe autour de vous?

JPJ : Un distributeur ne travaille jamais seul. J'emploie cinq personnes, deux tiennent les comptes, un programmateur est chargé de planifier l'installation des copies de films dans les salles de cinéma. Enfin deux autres personnes travaillent à l'édition de livres touchant (ou non) au domaine du cinéma et à la production de disques de jazz.
Il est prudent de diversifier ses productions.
Il arrive aussi que ma société produise des émissions télévisées, des films documentaires.
Par ailleurs, je travaille en ce moment à l'élaboration de mon deuxième film.


ÉÉÉ77 : Quels sont les rapports entre producteur et distributeur ?

JPJ : Le contrat qui lie le producteur et le distributeur est signé le plus souvent avant la production. Le CNC, organisme de tutelle créé par le gouvernement de Vichy délivre une autorisation d'exercice de production. Quand on lui a présenté le devis équilibré de financement d'un film, il donne au distributeur l'agrément d'exploitation. Sur cent films produits par an en France, un tiers a ce qu'on appelle une "sortie-vitrine" : ils sont exploités peu de temps et sortent rapidement en cassettes-vidéo. Trente d'entre eux ne sortent jamais. Aux USA, la diffusion d'un film peut coûter plus cher que sa production.


ÉÉÉ77 : Comment les producteurs trouvent-ils les fonds pour réaliser leurs films ?

JPJ : Par obligation, les chaînes de télévision doivent mettre des fonds dans la production de films. Un bon casting par exemple, est une certitude de réussite qui va inciter les financiers à investir.

ÉÉÉ7 : Quels sont les difficultés du métier de distributeur ?

JPJ : Le distributeur chargé de diffuser un film doit investir des fonds parfois extrêmement importants, de
800 000 francs à 5, voire 10 millions de francs. Il doit donc demander une garantie au producteur dans le cas où le film ne rencontrerait aucun succès. Cette garantie financière est la cession des droits vidéo et le passage à la télévision.
Le métier de distributeur est ingrat et frustrant. Quand un film plaît à un public nombreux, on dit qu'il a de grandes qualités; dans le cas contraire, on considère que le distributeur est incompétent...
Parfois, un distributeur va chercher quelques films à l'étranger, ou fait "ressortir" d'anciens films de la même façon que ceux du moment.
Le distributeur est celui qui fait exister un film par un coup de coeur. Il faut adopter le film comme on adopte un enfant, il faut beaucoup l'aimer parce que souvent on rencontre de grosses difficultés dans la préparation de la distribution qui peut prendre de 3 à 6 mois, voire même un an avant la sortie du film.


ÉÉÉ77 : Le métier a-t-il évolué depuis que vous le pratiquez ?

JPJ : Autrefois le distributeur découvrait les films dans les festivals, de plus en plus le "fax" ou Internet les remplacent.


Quelques données et réflexions trouvées au hasard des lectures...

Le Cinéma" Nathan - Repères pratiques :

"La majeure partie des films exploités en salles est distribuée par quelques grandes sociétés. On recense plus de 350 sociétés de distribution en France. Parmi elles 7 entreprises couvrent 90% du marché français. Parmi ces sociétés figurent les filiales des Majors américaines qui fournissent à la France des films-évènements souvent déjà rentabilisés outre-Atlantique.
Trois sociétés sont des maillons de Majors à la française, qui distribuent et exploitent dans leur réseau de salles les films qu'elles ont coproduits.
A côté de ces entreprises dominantes, une dizaine de distributeurs s'assure 7 à 8% du marché. Ces entreprises moyennes s'appuient généralement sur des groupes industriels ou de communication."

Marin Karmitz , "Bande à part" Grasset :

"Chaque fois qu'il y a collusion entre diffusion et production, c'est au détriment de la création qui se banalise en se standardisant, car le système de diffusion influe inéxorablement sur le contenu de l'oeuvre"


haut de page