Une réalisatrice : Pascale Diez
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ÉcolÉcinÉ77 : Quels sont les rapports entre réalisateurs et producteurs?

Pascale Diez : Tout dépend du producteur ! Je me dis souvent qu'il faut mieux être premier poulain dans une petite écurie que le cinquantième cheval dans un grand haras !
J'en ai eu des bons et des mauvais mais mon expérience la plus récente est magnifique : depuis deux ans, je travaille avec un producteur que j'appelle "le garçon formidable" car il ne me dicte jamais rien mais m'ouvre des portes dans lesquelles je m'engouffre pour aller encore plus loin. Je déteste parler d'argent, le producteur le fait à ma place, c'est bien pratique ! Pour l'instant, je n'ai pas connu les affres de la bagarre et même s'il faut quelques fois beaucoup discuter, nous avons toujours trouvé un terrain d'entente.

ÉÉÉ77 : Comment le réalisateur défend-il son idée face au producteur?

Pascale Diez : La relation entre producteur et réalisateur doit être la confiance et le respect, sinon, c'est l'horreur et je ne peux pas travailler dans l'horreur.
Lorsque je défends une idée avec laquelle il n'est pas d'accord, nous parlons beaucoup. S'il arrive à me déstabiliser, c'est qu'il a raison et je révise mon jugement. Si tout ce qu'il peut me dire ne me fait pas bouger, si je m'entête et reste sur mes positions, il s'incline. C'est un contrat qui repose sur l'honnêteté et la confiance.

ÉÉÉ77 : Comment vient l'idée d'un film ?

Pascale Diez : Je n'en sais rien, c'est un peu flou. Une conjonction de choses, des évènements de la vie, des regards croisés, des expériences humaines, des hasards et puis tout à coup, une histoire se met en place. J'ai très souvent des idées de films, je note tout ça dans des carnets et quand l'idée devient obsédante, que je ne peux plus m'en débarrasser, je sais qu'il faut que j'y travaille.
On a tous des obsessions, des choses qui nous touchent et le désir de les faire partager. Pour moi, quand le désir est trop fort, quand il me submerge, je sais qu'il faut creuser et se mettre au boulot.

ÉÉÉ77 : Quelles sont les différences entre les courts et les longs métrages ?

Pascale Diez : Le seul long métrage que j'ai réalisé est un documentaire qui était parti pour être court ! Je n'ai pas l'expérience du long métrage de fiction, juste les prémisses avec cette maquette que je prépare. Je crois que le long demande mille fois plus d'obstination et de concentration que le court, et que la distance à tenir à toutes les étapes est un vrai parcours du combattant. Même si c'est un travail d'équipe, le maître d'oeuvre d'un film est le réalisateur. C'est une énorme responsabilité, c'est aussi beaucoup d'argent. La tension et les pressions sont très fortes et j'avoue que la perspective de réaliser un long, même si c'est un désir profond me fait quelquefois faire des cauchemars !

ÉÉÉ77 : Quelles sont les différences au niveau des équipes ?

Pascale Diez : Un court métrage, c'est une semaine ou dix jours maximum de tournage. Un long, c'est en moyenne neuf semaines ! Il faut savoir s'entourer de gens qui en plus d'être des bons techniciens sont humainement capables de vous supporter dix heures par jour pendant des semaines. Je vous en parlerai quand je l'aurai fait...

ÉÉÉ77 : Pourquoi es-tu militante ?

Pascale Diez : Je suis terrifiée à l'idée que peut-être demain, lorsque mon fils voudra aller au cinéma, il n'ait le choix qu'entre le cinéma commercial et le cinéma commercial. Je crois qu'un film et que l'art en général peuvent changer la vie. Il y a des films qui rendent meilleurs, plus intelligents, plus tolérents. Il y a des films qui rendent la vie plus douce, qui donnent envie de croire en l'homme. Ce n'est curieusement pas ces films-là qui font le plus d'entrées parce que la logique aujourd'hui c'est l'argent. Résister contre cela est pour moi une priorité et ma façon personnelle de militer est la transmission de cette idée-là : l'art n'est pas une marchandise, il est une des expressions de ce que l'homme a de meilleur en lui. Eduquer les enfants à l'image c'est justement leur apprendre à faire la différence entre une oeuvre d'art et un produit commercial. Une autre raison pour laquelle je suis animatrice cinéma c'est le plaisir. Lorsque la salle s'allume et que les enfants se lèvent, les yeux éblouis par "Les Lumières de la Ville", je suis une femme heureuse.

 ÉcolÉcinÉ77 : Quel est ton parcours ? Quelle idée a déclenché l'envie de passer derrière la caméra ?

Pascale Diez : Petite fille, je rêvais de devenir comédienne de théâtre. J'étais volontaire pour tous les spectacles d'école et de colo. Au lycée, avec quelques copains nous avons monté une compagnie amateur "Le Théâtre du Songe".
Chaque fois que je montais sur scène, j'avais l'impression d'y être vraiment à ma place.
Après le BAC, je suis entrée dans une compagnie professionnelle à Avignon avec laquelle j'ai travaillé deux ans.
En 80, "je suis montée" à Paris, pour prendre des cours et chercher du travail. Je m'étais fixé un âge limite : si à 25 ans, je n'étais pas une star, je changeais de métier. L'exemple de galère de commédiennes plus âgées que moi m'angoissait et je redoutais l'amertume des acteurs qui ne travaillent pas beaucoup. Je ne me sentais pas assez costaud pour vivre cela.
Durant cinq ans, j'ai joué dans de petites compagnies et dans une quinzaine de films TV et courts métrages.
Je suis souvent passée de l'autre côté de la caméra en acceptant d'être scipte, machiniste, assistant caméra puis assistant réalisateur. Mon envie
de travailler était telle que du moment que j'étais sur un tournage, peu m'importait la place que j'y occupais !
A 25 ans je n'étais pas une star ! J'ai donc appris le métier d'infirmière !
Ce qui est drôle, c'est que j'ai pu payer mes études en travaillant comme costumière puis régisseur et enfin danseuse dans la compagnie de danse de Maguy Marin et qu'avec elle, je suis allée dans les plus belles salles de spectacle du monde comme technicienne et comme danseuse mais jamais comme commédienne !
Lorsque j'ai eu mon diplôme, je suis partie en Inde comme infirmière chez Mère Thérèsa puis dans des hôpitaux publics. Je voulais sauver le monde ! Soigner avec mon savoir tout neuf.
Je sais aujourd'hui qu'à cette époque, j'ai certainement plus reçu que je n'ai donné tant les expériences étaient fortes.
A mon retour, il était hors de question de travailler à plein temps comme infirmière, j'avais acquis une assurance qui me donnait des ailes et mon désir de créer quelque chose était plus fort que tout.
J'ai entrepris des études de cinéma à l'Université où j'ai eu une chance inouï : j'y ai réalisé mon premier court métrage.
Mettre en scène ses rêves, leur donner des corps, des voix, les éclairer, les faire bouger, c'était fantastique ! Je crois que c'est là que j'ai su définitivement que c'était de la réalisation que je voulais faire.
J'ai continué, écrire, chercher de l'argent, tourner : voilà à quoi se résumait ma vie et c'est toujours vrai.
Par un hasard de circonstances et parce qu'il faut bien gagner sa vie, je suis entrée comme animatrice dans un cinéma à Créteil où j'étais responsable de la programmation et des projets avec le jeune public. J'y suis restée 5 ans et j'ai tourné à cette période six ou sept courts et moyens métrages, avec toujours très peu d'argent.
La découverte du milieu scolaire m'a fait prendre conscience de l'urgence qu'il y avait à éduquer les enfants à l'image ; l'animation, la formation et les ateliers de pratique artistique sont rapidement devenus une deuxième passion.
Un des films que j'ai réalisé "Images" a reçu un accueil très chaleureux et a été plusieurs fois vendu aux chaînes de télévision.
Depuis, des producteurs m'ont fait confiance et j'ai plusieurs projets en chantier dont un long métrage qui a reçu l'aide à l'écriture et tout récemment l'aide à la maquette. J'en suis là ! Dans quelques jours, je tourne ma maquette avec l'espoir que dans un an, je tournerai mon premier long métrage de fiction !
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