Comparaison des traitements cinématographique et littéraire,
la scène du passage dans Le Magicien d'Oz

La scène du passage dans Le Magicien d'Oz
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Le texte de Franck Baum

Les différences entre le film de Victor Fleming et le livre de Frank Baum sont nombreuses ;
dans la scène du passage (par exemple) :

le livre

 le film

 Pas de garçon de ferme.  Les trois garçons, amis de Dorothée.
 Dorothée est avec sa famille.  Dorothée s'est enfuie, elle rentre seule chez elle.
 Dorothée est consciente.  Dorothée s'évanouit.
 Elle ne voit rien pendant son passage.  Une fenêtre-écran voit défiler des personnages .
 Première rencontre : les Munchkins.  Première rencontre : la bonne fée du Nord.

Cette scène est la plus importante du film, il faut convaincre le spectateur et l'entraîner lui aussi par delà l'arc-en-ciel. Son caractère est plus immédiatement dramatique que dans le livre : Dorothée est seule, abandonnée aux éléments, elle est assommée par une fenêtre, mais très vite la fenêtre-écran nous plonge dans le comique, dans la peur (la sorcière, l'atterrissage) puis le merveilleux quand le hurlement du vent et la violence de la musique s'arrêtent. Par comparaison le livre semble mou, mais ce n'est pas le chapitre "clef" de ce conte.
Après la projection du film, nous étudions la scène du "passage" :
l'approche du cyclone,
les différentes visions de Dorothée dans la fenêtre-écran,
l'arrivée au pays de l'arc-en-ciel,
le rôle de la couleur,
la bande son.
Le maître lit le chapitre du livre concernant la scène, le texte est remis aux élèves et affiché en grand.
Ce qui est différent dans le film est surligné, nous listons ensuite les ajouts du cinéaste.
Je demande aux élèves de dessiner les "différences", d'écrire un court texte accompagnant leur dessin. L'ensemble est affiché, nous débattons alors des raisons de ces changements.


Les enfants ont remarqué :
- le parallélisme entre les deux mondes, ce qui implique de nouveaux personnages.
-la nécessité "qu'il se passe quelque chose" quand le cyclone arrive, la scène du livre étant très statique (discussion fructueuse, mais difficile).
-l'idée de la fenêtre-écran plaît énormément, pour eux c'est un des moments les plus drôles du film ... évidemment cela ne peut s'écrire, ils s'en sont rendus compte en essayant de raconter oralement la séquence.
-l'arrivée de la couleur qui, bien sûr, saute aux yeux dans le film.
-les différences de sensation : Dorothée ne s'endort pas, elle a plus peur dans le film, la scène semble plus violente

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Le texte de Franck Baum

... Aujourd'hui pourtant, ils ne jouaient pas. Oncle Henri était assis sur le seuil de la porte et, d'un air soucieux, regardait le ciel, encore plus gris que d'habitude. Debout dans l'embrasure, Dorothée tenait Toto dans ses bras et contemplait le ciel, elle aussi. Tante Em faisait la vaisselle.
Le vent du nord leur arrivait avec une sourde plainte ; ils pouvaient voir les hautes herbes se coucher à l'approche de la tempête. Un sifflement strident dans l'air leur fit tourner la tête vers le sud ; ils virent alors des vagues de vent accourir dans l'herbe de ce côté aussi.
Immédiatement, oncle Henri fut sur pied.
- Un cyclone, Em ! cria-t-il à sa femme ; je vais m'occuper des bêtes.
Et il courut vers les étables où l'on gardait les vaches et les veaux.
Tante Em laissa tomber sa besogne et se dirigea vers la porte. D'un regard, elle comprit l'imminence du danger.
- Vite, Dorothée, cria-t-elle, cours à la cave !
Toto sauta des bras de Dorothée et alla se réfugier sous le lit ; la fillette essaya de l'en déloger. Tante Em au comble de la frayeur, ouvrit brusquement la trappe du plancher et dégringola par l'échelle dans le petit trou sombre, Dorothée avait enfin rattrapé Toto et allait suivre sa tante, quand un hurlement de la tempête la surprit au milieu de la pièce. La maison fut secouée avec une telle violence que l'enfant en perdit l'équilibre et se retrouva assise par terre.
Alors une chose étrange advint.
La maison tournoya deux ou trois fois sur elle-même et s'éleva lentement dans les airs. Dorothée se crut transportée en ballon.
Le vent du nord et le vent du sud se rencontrèrent à l'endroit où se trouvait la maison et en firent le centre exact du cyclone. Au cur même d'un cyclone, l'air est calme d'habitude, mais la forte pression des vents, de part et d'autre de la maison, la poussait si haut, si haut qu'elle se retrouva à la pointe du cyclone ; elle y resta perchée et fut emportée comme une plume à des lieux et des lieux de là.
Il faisait très sombre, et le vent l'entourait de ses mugissements horribles, mais Dorothée trouva qu'elle voguait plutôt confortablement. Les premiers tourbillons passés, la maison avait encore une fois basculé dans le vide, puis la fillette se sentit balancée avec douceur, comme un bébé dans son berceau.
Ce remue ménage n'était guère du goût de Toto. Il courait dans tout les sens dans la pièce, avec des jappements nerveux ; Dorothée, assise sur le plancher, attendait calmement la suite des événements.
A un moment, Toto s'approcha trop près de la trappe restée béante, et disparut ; la petite fille crut bien l'avoir perdu. Mais bientôt elle aperçut l'une de ses oreilles pointant au bord du trou : la vigoureuse pression du vent maintenait l'animal en l'air et l'empêchait de tomber. L'enfant rampa jusqu'à l'ouverture, saisit Toto par l'oreille et le ramena dans la pièce ; puis elle rabattit la trappe pour éviter de nouveaux accidents de ce genre.
Au fil des heures, Dorothée se remettait peu à peu de ses émotions ; mais elle se sentait bien seule, et le vent l'assourdissait de ses cris déchirants. Au début, elle avait craint de se briser en mille morceaux, quand la maison retomberait sur le sol. Mais à mesure que le temps passait rien de terrible ne se produisait ; elle cessa donc de s'inquiéter et décida d'attendre paisiblement et de voir ce que le futur amènerait.
En rampant sur le plancher qui tanguait, elle finit par atteindre son lit et s'allongea ; Toto vint se réfugier auprès d'elle.
Malgré le roulis de la maison et les clameurs du vent, Dorothée ferma les yeux et sombra bientôt dans un profond sommeil.
Dorothée fut réveillée par un choc si brusque et si violent que, si elle n'avait pas été allongée sur son lit moelleux, elle aurait pu se faire mal. La soudaineté de la secousse lui coupa le souffle et elle se demanda ce qui s'était passé ; Toto colla son petit museau froid contre son visage en gémissant tristement. Dorothée s'assit sur son lit et remarqua que la maison ne bougeait plus ; il ne faisait plus sombre non plus car le soleil entrait par la fenêtre, inondant la pièce de sa clarté. Elle sauta du lit et courut à la porte, Toto sur ses talons.
La petite fille poussa un cri d'admiration et regarda autour d'elle ; ses yeux s'écarquillaient à chaque merveille qu'elle découvrait.
Le cyclone avait déposé la maison tout doucement - pour un cyclone - au beau milieu d'un pays d'une beauté prodigieuse. De ravissants parterres de gazon verdoyaient sous des arbres majestueux, lourds de fruits savoureux. Des fleurs superbes formaient des massifs de tous côtés, et des oiseaux au plumage rare et étincelant chantaient et voletaient dans les arbres et les buissons. Un peu plus loin bondissait un ruisseau dont les eaux scintillaient entre ses rives moussues : que le murmure de sa voix était agréable, pour une petite fille qui avait vécu si longtemps dans les prairies sèches et grises !
Tandis qu'elle dévorait des yeux ce spectacle d'une étrange beauté, elle vit venir à elle un groupe d'êtres bizarres...

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